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«Travail à domicile – et l’économie fonctionne»

16 min.
PR und Corporate Communication der Bank WIR

de Volker Strohm

15 articles

La pandémie du Covid-19 modifiera également les modèles d’affaires pour les PME. Andreas M. Walker, futurologue et spécialiste en études prospectives, identifie toutefois également d’autres défis qui se posent à nous. Deuxième partie de notre interview.

De nombreuses entreprises ont fait et continuent de faire preuve de créativité. L’impression que le coronavirus a accéléré certaines choses est-elle correcte – en particulier dans le domaine de la numérisation?

Andreas M. Walker: Absolument, il y a eu beaucoup de changement. Soudain, il a été possible au printemps de franchir des étapes en lien avec la tendance lourde de la numérisation pour lesquelles ont prévoyait, auparavant, une bonne décennie. Pour moi, l’exemple le plus évident demeure le travail à domicile. Il y a deux ou trois ans, les supérieurs hiérarchiques menaient encore de véritables guerres de religion sur la question de savoir si les collaborateurs travailleraient effectivement si on leur permettait de rester à domicile. Il fallait alors que les collaborateurs se rendent au bureau afin que l’on puisse les contrôler. Aujourd’hui, par la force des choses, le travail à domicile est une réalité – et alors que personne ne s’y attendait: l’économie fonctionne.

D’autres exemples?

La communication numérique par Zoom, Teams, Skype, etc. La rapidité et l’efficacité de la communication se sont accrues, les décisions se prennent plus rapidement. Les employés ne sont pas les seuls à témoigner qu’ils travaillent plus efficacement à domicile, les étudiants et les gymnasiens disent également qu’ils se débrouillent en partie mieux avec le «télé-enseignement» qu’avec l’enseignement scolaire. Certaines catégories de personnes ont pu bénéficier de nouvelles opportunités.

Mais non sans sacrifices dans le comportement social?

Cette réflexion est à nouveau trop manichéenne. Nous devons nous habituer au fait qu’il n’y aura plus jamais de mesures dichotomiques. Les gagnants de l’avenir ne seront plus ceux qui appliquent le principe du «tout ou rien» mais bien ceux qui sont en mesure de s’adapter: tel client fonctionne parfaitement de manière numérique, tel autre préfère le téléphone – alors qu’un troisième préfère encore la visite en personne. La réflexion industrialisée qui propose une seule solution pour tous les clients convient de moins en moins.

L’état de la numérisation nous a-t-il, d’une certaine façon, «sauvé»?

Oui. Les générations Y et Z, c’est-à-dire les personnes nées à partir de 1985, n’ont jamais vécu concrètement des frontières nationales. Soudain, les frontières se sont à nouveau dressées. Je vis à quelques centaines de mètres de la France – un beau matin, je lis sur un panneau: «Fermé». Un scénario inimaginable au cours de ces trente dernières ­années. La jeune génération doit désormais apprendre à vivre avec. Grâce à la numérisation, si cette frontière était bien fermée dans la réalité, un accès global était néanmoins possible en tout temps, virtuellement.

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«Je crains que nos enfants se voient également contraints d’apprendre à composer avec la peur qu’apparaisse vraiment un jour une pandémie très grave.»

Malgré la numérisation, le semi-confinement du printemps 2020 aura été marqué par des difficultés d’approvisionnement pour divers produits. Cela a-t-il provoqué un changement de mentalités durable en ce qui concerne la mondialisation, la dépendance de l’étranger et la solidarité avec les entreprises nationales?

Oui. Les stocks et la gestion des stocks joueront à nouveau un rôle un peu différent à l’avenir. Dans le secteur privé, les réserves d’urgence classiques font à nouveau parler d’elles. La génération de nos parents vivait durant la guerre froide: si jamais les Russes nous attaquent, si jamais une Troisième Guerre mondiale devait éclater… Je crains que nos enfants se voient également contraints d’apprendre à composer avec la peur qu’apparaisse vraiment un jour une pandémie très grave.

Encore plus grave?

À mon avis, la pandémie du Covid-19 n’aura été qu’un avertissement. Il se peut qu’une pandémie Covid-27 ou Covid-33 ou encore une nouvelle variante de la grippe Influenza soit bien plus dangereuse. Ce pourrait également être une nouvelle variante du sida. Il existe de nombreux dangers dans le domaine des zoonoses, c’est-à-dire des maladies animales qui pourraient se transmettre de l’animal à l’être humain. Depuis 2005, des spécialistes n’ont cessé d’alerter les autorités publiques et le public lors de conférences en Suisse et en Europe: la question n’est pas de savoir si une pandémie va éclater mais bien plutôt à quel moment. Aujourd’hui, nous devons nous demander: le danger est-il passé? Ou n’était-ce qu’une sorte de «répétition générale» pour nous permettre d’en tirer quelques ­enseignements qui nous seront utiles plus tard?

La crise ne touche pas l’économie dans son ensem­ble mais n’immobilise que certaines branches. N’est-ce pas une menace pour l’ensemble du circuit économique?

Il ne s’agit pas d’une menace mais d’une invitation à repenser le fonctionnement de notre système. Notre mode de réflexion se concentre toujours beaucoup trop sur des événements isolés: quelque chose arrive, quelque chose se casse, avant d’être réparé – et le cycle reprend. Actuellement, cela fait des semaines et des mois qu’il nous manque une certaine visibilité: la pandémie est un phénomène auquel notre société, concentrée sur ce qui est faisable et planifiable, n’était pas préparée mentalement. Jusqu’à présent, nous ne connaissons pas vraiment l’événement, respectivement sa véritable dangerosité. Nous ne savons pas quelles sont les mesures qui pourraient être efficaces pour lutter contre lui.

La réponse n’est-elle pas, dans ce cas, la suivante: un virus qui pourrait être mortel en fonction de l’évolution de la maladie?

Non, le problème n’est pas la menace médicale effective mais bien le fait que nous ne savons pas comment nous devons gérer notre ignorance.

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«Avec la pandémie, nous vivons un phénomène que notre génération ne connaît pas: vivre avec des présomptions.»

Ce qui nous ramène au thème de la communication – qui était médicale et parfois aussi très agile et changeante en ce qui concerne les mesures…

Les médias et le marketing nous ont enseigné dans le passé: tu dois tout dire en une seule phrase ou dans le cadre d’un «pitch» de trois minutes au maximum.

Question: les masques sont-ils utiles ou non? Personne n’a envie de lire un rapport scientifique comportant plusieurs pages?

Exactement. Les sciences naturelles et la médecine ne fonctionnent cependant pas de manière manichéenne. Normalement, les séries de recherche durent plusieurs années. Soudain, il fallait produire des résultats en quelques jours. Un masque est utile à 97%, un autre à 90%. Une fois humide, peut-être encore à 50%. Conclusion? Les mas­ques sont-ils utiles?

La réponse «dans la majeure partie des cas, oui» est-elle admissible?

Justement. Dans notre culture, on attend comme réponse un «oui» ou un «non». Nous voulons des messages clairs. Tout à coup, nous sommes confrontés à toute une série de teintes intermédiaires entre le blanc et le noir. Pour un grand nombre d’entre nous, il devient difficile de comprendre ce qui se passe. Cela est dû à la communication provocatrice des médias de boulevard et à la publicité de ces vingt dernières années. Avec la pandémie, nous vivons un phénomène que notre génération ne connaît pas: vivre avec des présomptions.

 

Photos: Raffi p.n. Falchi

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Andreas M. Walker fait partie des plus éminents futurologues et experts en études prospectives de Suisse. Il est membre honoraire de swissfuture, l’association suisse pour les études prospectives dont il est également l’ancien coprésident. En tant qu’officier spécialisé en analyses stratégiques, il participe depuis 1994 à la reconnaissance précoce de nouvelles crises et à l’élaboration de scénarios d’exercice. De 2003 à 2005, il a travaillé au sein de l’équipe constituée pour l’exercice de direction stratégique du Conseil fédéral dénommé «Épidémie en Suisse». Il a ensuite soutenu divers offices et plusieurs associations et entreprises dans le cadre de leurs préparatifs en vue de couvrir le risque d’une nouvelle pandémie. Actuellement, il travaille de manière intensive sur le thème du contexte de la pandémie du Covid-19 en qualité d’auteur, de partenaire d’interview, d’entraîneur et de chargé de cours.

M. Walker a déjà soutenu à plusieurs reprises la Banque WIR en qualité de conférencier spécialiste en études prospectives. En sa qualité d’ancien directeur de banque, de membre de divers conseils d’administration de PME et de chef d’entreprise, il est familier de la reconnaissance précoce et de la gestion pro­active de modifications stratégiques. Il soutient les entreprises en leur dispensant des conseils ou en organisant des ateliers et des conférences.

Site web Andreas M. Walker

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