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Partage des ressources entre PME

22 min.
karina_von_dem_berge

de Karina von dem Berge

1 article

Une PME ne peut se maintenir à flot sur le marché suisse seulement si elle fait preuve d’une efficience maximale. Le partage de ressources entre PME peut contribuer de manière importante à cette réussite, tout en étant un point de départ pour de nouvelles collaborations entre entreprises.

En Suisse, le partage Business-to-Business (B2B-Sharing) n’est pas encore très répandu. Pourtant, il est évident qu’il comporte divers potentiels écologiques, économiques et sociaux très utiles. Charly Suter, de KMU Digitalisierung, et Carla Kaufmann, de companymarket.ch, observent régulièrement dans leur quotidien professionnel que de tels potentiels peuvent se réaliser non seulement de manière théorique, mais bel et bien concrètement auprès des PME suisses.

Alors que Charly Suter conseille essentiellement les PME en matière d’optimisation et de numérisation de processus, Carla Kaufmann est une spécialiste des successions à la tête d’entreprises et des ventes d’entreprises. Ces deux professionnels bénéficient d’une très bonne connaissance des PME suisses et peuvent citer de nombreux exemples d’entreprises dont les ressources sont sous-utilisées, voire pas utilisées du tout. Ils ont fait l’expérience que de nombreuses entreprises n’ont jamais eu l’idée de partager de telles ressources alors que cette manière de faire leur permettrait de générer une valeur ajoutée supplémentaire.

C’est la raison pour laquelle ces deux chefs d’entreprises ont immédiatement accepté de participer au projet de recherche «KMU Sharingmarket» (marché du partage entre PME) lancé en commun par Uta Jüttner, de la Haute école de Lucerne, et par Charles Huber et Toni Wäfler de la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (avec le soutien de la Banque WIR). Le projet, soutenu par «Innosuisse», l’agence suisse pour l’encouragement de l’innovation, s’est avant tout intéressé aux raisons pour lesquelles les PME acceptent de partager leurs ressources ou cherchent à le faire – et à la façon dont elles procèdent. Le projet vient de se terminer avec succès à fin février 2022 après une durée de deux ans.

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Rencontre des PME et de la science – ici auprès de la société Peka-Metall AG dans le village lucernois de Mosen.

Le projet a permis de créer une boîte à outils parfaitement adaptée comprenant quatre instruments que M. Suter et Mme Kaufmann voudraient désormais également mettre à la disposition d’autres PME par le biais d’une plate-forme de partage numérique. Grâce à leur engagement commun auprès de companymarket.ch, ces deux professionnels connaissent non seulement très bien les besoins des PME suisses, mais ils bénéficient par ailleurs de quelques années d’expérience grâce à leur propre plate-forme en ligne. Ils disposent ainsi de toutes les aptitudes nécessaires pour transposer les quatre instruments mis au point dans le cadre d’un processus global favorable aux utilisateurs sur kmusharingmarket.ch. Comme le présente la figure 1, l’observation des transactions de partage numérique des PME concernées a permis d’identifier trois phases:

  • la phase de «l’onboarding»,
  • la phase du partage proprement dit
  • et enfin la phase d’évaluation.

Le début du processus dépend du fait que la ressource à partager est déjà connue ou non. Si une PME désire profiter de la très large utilité du partage mais qu’elle n’a pas encore identifié de ressource correspondante, il est recommandé de commencer par l’outil 1. Si par contre, un certain besoin concret de ressource ou une surcapacité existent d’ores et déjà au sein de l’entreprise, il est possible de commencer directement par l’outil 2.

 

Quel partage convient le mieux?

Pour de nombreuses entreprises, le partage de ressources constitue une véritable innovation. Les raisons pour lesquelles elles devraient partager des ressources ne sont pas forcément évidentes pour elles, tout comme la façon de procéder et les partenaires potentiels. La prise de position d’un responsable d’entreprise remontant au début du projet l’illustre assez bien: «Nos installations sont vraiment très spécifiques et je ne peux guère m’imaginer comment on pourrait les proposer au partage. En même temps, je ne sais pas ce dont je pourrais avoir besoin dans ma production, respectivement quel équipement je pourrais venir chercher sur le marché du partage. Dans ce domaine, il me manque clairement la créativité ainsi que l’expérience nécessaires. Jusqu’ici, il s’agit encore pour moi d’une véritable boîte noire.»

sharing_economy_kmu_abbildung1_fr

Figure 1: les trois phases du processus de partage sur la future plate-forme kmusharingmarket.ch: l’onboarding, le partage (transaction) et l’évaluation. L’étude a montré que cinq ressources conviennent particulièrement bien au partage, à savoir les machines de production, les outils, les infrastructures, le personnel et les capacités de transport.

Voilà précisément la raison pour laquelle il est important de pouvoir déterminer aisément dès le début le potentiel de ressources à partager. Par conséquent, un processus de «contrôle rapide» a été développé avec le premier outil visant à identifier des «ressources dormantes» et de ce fait, le potentiel en ressources à partager à l’aide de trois questions très simples:

  1. Dispose-t-on de ressources nécessitant un important investissement ou des frais fixes annuels élevés?
  2. Si oui, les ressources en question font-elles l’objet de fortes fluctuations d’utilisation ou d’une utilisation globale de moins de 70 pour cent par exemple?
  3. Si oui, s’agit-il de ressources convenant à un engagement, respectivement à une utilisation de moyenne spécialisation?

La question 1 est liée au fait qu’il ne vaut la peine d’engager les charges liées au partage que si les ressources ont une certaine importance économique pour l’entreprise. La question 2 permet d’identifier les ressources qu’il serait possible de partager étant donné que l’entreprise n’en a partiellement pas besoin elle-même. La question 3 finalement indique si une ressource en particulier entre en ligne de compte pour un partage. Il est fortement probable pour l’entreprise qu’il soit plus avantageux d’acquérir elle-même des ressources spécifiques. Pour des ressources très spécifiques, il ne se trouvera par contre guère de partenaires intéressés, ou alors il s’agira de ressources stratégiques liées à au propre avantage concurrentiel de l’entreprise.

 

Cinq ressources déterminantes à partager

Si une entreprise désire identifier des ressources qu’il serait possible de partager, elle peut le faire en répondant aux questions relatives aux divers types de ressources. Il est apparu qu’il existe cinq types de ressources entrant tout particulièrement en ligne de compte pour un partage, à savoir les machines de production, les outils, les infrastructures et les TIC, le personnel et les moyens de transport.

Le deuxième outil permet de déterminer la forme d’organisation adéquate pour le projet de partage, de manière à simplifier la recherche d’un partenaire de partage adéquat. Cela dépend très fortement de la ressource à partager mais aussi des préférences des partenaires de partage. Ici, quatre types différents ont été identifiés, se distinguant d’une part, en matière d’échanges sociaux entre les partenaires de partage et d’autre part, en matière de soutien neutre relatif au partage (cf. figure 2).

sharing_economy_kmu_abbildung2_fr

Figure 2: l’analyse a identifié quatre types de partenaires de partage qui se distinguent en ce qui concerne l’intensité souhaitée des échanges sociaux (degré de connexion en réseau) et le besoin de soutien.

Les entreprises concernées déterminent leur préférence en répondant à douze questions qui leur permettent ensuite de lire leur positionnement sur la matrice représentée sur la figure 2. Une des PME partenaires qui ne souhaitait que peu d’échanges sociaux et ne considère pas qu’il soit nécessaire d’avoir recours au soutien d’un médiateur, s’est exprimée de la manière suivante: «À la fin cependant, on s’appelle brièvement, on en parle et l’on sait ce que chacun attend de l’autre. On se rencontre et le tour est joué. Je pense que les contacts sont déterminants.» Pour un tel cas, un «tableau noir» suffirait entièrement. Des représentants d’autres entreprises ont toutefois émis le souhait de pouvoir échanger au sein d’un groupe fixe, par exemple pour pouvoir établir une certaine confiance. Pour ces partenaires-là, le partage au sein d’un groupe connecté en réseau conviendrait mieux. L’onboarding de l’une des offres de la plate-forme de partage se fait conformément aux préférences ainsi identifiées. C’est alors qu’intervient la prise de contact avec le partenaire qui convient.

 

Pas de mauvaises surprises

Dans une prochaine étape, le troisième outil pour la planification de la transaction s’utilise en collaboration avec le partenaire de partage. Il s’agit d’une liste de contrôle à cocher, permettant aux partenaires participant à la transaction de clarifier tous les aspects déterminants du projet de partage. Le fait de compléter cette liste en commun permet de souligner les points sur lesquels les deux parties sont déjà d’accord. Cela peut par exemple concerner des sujets comme la rémunération, les assurances et le transport, les partenaires pouvant décider eux-mêmes sous quelle forme ils désirent procéder à l’échange. Cette liste de contrôle doit avant tout permettre une communication claire entre les parties prenantes afin d’éviter toute mauvaise surprise par la suite. C’est pourquoi cette liste de contrôle à cocher peut également servir simultanément de convention de partage.

Le quatrième et dernier outil sert à évaluer la transaction. Il remplit deux fonctions: mesurer le degré de satisfaction dans le cadre du projet de partage conclu et l’évaluation mutuelle des parties au projet pour la plate-forme de partage. Comme la satisfaction relative à la transaction de partage se base également sur la réponse donnée aux propres attentes de chaque partenaire, ces dernières sont enregistrées lors de l’onboarding avant même le début de la transaction en question afin d’être comparées ensuite avec l’expérience effective après le partage. Une partie des questions se réfère au partenaire de partage de manière à ce qu’il soit également possible de générer automatiquement une évaluation du partenaire pour la plate-forme de partage.

 

Une base qui répond aux besoins quotidiens

Les outils présentés ont été développés et validés avec les PME participant au projet. Ces dernières en ont déjà testé un prototype réduit appelé «Minimum viable product». Cela a permis de tenir compte directement d’exigences concrètes de la vie quotidienne, par exemple une limitation géographique régionale pour le choix des partenaires de partage. Cela aura permis de créer une base solide et répondant aux besoins de la pratique qui sera très utile pour le développement de la nouvelle plate-forme de partage B2B suisse.

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Carla Kaufmann et Charly Suter ont lancé, mi-mars, leur nouvelle plate-forme kmusharingmarket.ch. | Foto Frutig

Pour Charly Suter et Carla Kaufmann commence maintenant la prochaine phase très intense dite de commercialisation. Ils se sont fixé pour objectif de rendre les outils de soutien du partage B2B, développés dans le cadre du projet de recherche, accessibles aux PME suisses sur une plate-forme de partage numérique afin de profiter du potentiel que comporte le partage B2B. La mise en œuvre numérique doit rendre tout le processus plus rationnel et permettre de l’adapter de manière flexible aux besoins spécifiques de chaque projet de partage particulier. À cet effet, ils prévoient actuellement de fonder «SharingCorp» et recherchent d’autres investisseurs intéressés. Pour l’instant, la plate-forme réalisée se concentre sur la Suisse alémanique étant donné que le facteur régional est apparu comme un facteur de succès central pour les transactions de partage.

Partage B2B

L’économie du partage (Sharing Economy) a pour but de partager ou d’échanger des ressources partiellement sous-utilisées de PME avec d’autres PME. De manière analogue au partage courant entre particuliers que l’on connaît sous la dénomination de C2C-Sharing, il n’existe pour l’instant aucune définition généralement admise du partage B2B. C’est pourquoi le projet de recherche initié à cet effet a commencé par formuler une définition commune de cette notion en collaboration avec tous les partenaires au projet. Cette dernière comporte les aspects suivants:

  • Les ressources partagées sont la propriété d’un ou de plusieurs des partenaires de partage.
  • Les ressources sont utilisées par tous les partenaires de partage, simultanément ou successivement.
  • Le partage n’est pas le métier principal des partenaires de partage et se distingue dès lors des activités de location et des agences temporaires classiques.
  • La rémunération d’une prestation de partage se fait en règle générale au prix coûtant et se distingue par conséquent des relations client-fournisseur classiques.
  • Un intermédiaire, par exemple une plate-forme de partage, peut mais ne doit pas forcément intervenir.

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