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«Je retrousse mes manches»

13 min.
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de Volker Strohm

6 articles

Bruno Stiegeler est le nouveau CEO de la Banque WIR. Dans l’interview ci-dessous, il nous explique pourquoi il garde les politiciens et les communes à l’œil – et comment il entend surprendre un large public.

Dès début juin, tu seras le nouveau président de la direction de la Banque WIR Société Coopérative. Qu’est-ce qui va changer dans ta vie?

Bruno Stiegeler: Ce pas est lié à une sacrée dose de responsabilités supplémentaires. Il s’agit d’une fonction qui t’accompagne et te préoccupe 24 heures sur 24. Cependant, il s’agit également d’un défi que je peux relever avec une remarquable nouvelle équipe: il n’y a pas que la fonction du CEO qui a été réattribuée mais toute la direction a été complétée par de nouvelles personnes très compétentes (voir l’infobox en page 12).

La question du changement n’a pas trouvé de réponse suffisante.

Le changement est un défi quotidien et nous devons y réfléchir sans interruption. La philosophie du «nouveau» système WIR continue à se développer, nous écoutons ce que nous disent nos clients – et procédons aux adaptations là où de telles adaptations sont nécessaires. Il s’agit d’un cycle normal. L’objectif est de développer le réseau WIR de manière dynamique. Il faut enthousiasmer un grand nombre de nouvelles PME; à ces dernières, WIR peut offrir de nombreuses opportunités.

Tu as mentionné «un surplus de responsabilités». Comment gères-tu cela personnellement?

Pour moi, assumer des responsabilités n’est pas nouveau et j’ai aussi de l’expérience en ce qui concerne la direction d’une banque. Cependant, il me semble que ta question ne se limite pas à ma personne: pour moi, l’équipe est l’élément déterminant. Il faut de la confiance, je ne fais rien en solo. Je mise sur la répartition du travail et à l’engagement des compétences au bon endroit. Je considère mon rôle en tant que coordinateur en chef et en tant que communicateur pour l’ensemble.

Comment cela?

Je retrousse mes manches et je me mets au travail. Il faut attirer de manière ciblée l’attention des politiciens, c’est-à-dire des autorités communales, cantonales et fédérales, sur le système WIR.

Dans quel but?

Protection du patrimoine, développement durable – voici les sujets, non, je dirais même les atouts qui méritent que l’on accroisse la notoriété du système WIR en Suisse.

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«Je m'engage entièrement et avec une conviction entière.»

En tant que CEO, on se retrouve automatiquement exposé à la vue du public. Comment fais-tu face à des attaques personnelles?

Je m’engage entièrement et avec une conviction entière. Par conséquent, des attaques personnelles et indifférenciées me touchent effectivement. Dans de tels cas, mon équipe et ma famille me permettent de retrouver un certain équilibre.

Comment parviens-tu à te détendre dans ta vie privée?

Par exemple en me rendant à pied au bureau une fois par semaine – ce sont 17 kilomètres aller et retour. Pendant ce temps, il est possible de régler énormément de choses et de faire de très nombreuses réflexions.

A quoi penses-tu dans ces moments-là?

A beaucoup de choses. Des choses très personnelles mais aussi à de passionnantes idées relatives à WIR ou à la banque globale. Lors de ces marches, il m’est déjà souvent arrivé de trouver la solution à des problèmes. Il s’agit d’une sorte de transe permettant de considérer les tâches à exécuter d’un point de vue pluridimensionnel.

Et tu enregistres les solutions sur ton ordinateur portable qui se trouve dans ton sac à dos?

Non. Ce qui m’enthousiasme ne sort plus de ma tête. Ensuite, il faut que tout aille vite, je ne veux pas perdre de temps. Cela n’est pas toujours agréable pour mon environnement. Il faut immédiatement planter le décor pour éviter de perdre les idées correspondantes.

En bref, cela signifie-t-il que tu es quelqu’un d’impatient?

Oui.

Résumé hérétique: une fois par semaine, tu te rends à pied au bureau pour te détendre – ce qui te permet de résoudre également des problèmes professionnels. Comment et quand te détends-tu vraiment?

Très rarement et c’est effectivement un reproche justifié que me fait mon épouse. D’une manière ou d’une autre, je suis toujours au travail mais cela ne me pose pas de problème – cela fait partie intégrante de ma personne. WIR reste également un sujet dans ma vie quotidienne et dans la famille lorsque nous faisons des achats et lorsque nous consommons. A l’école de commerce, mon fils a choisi WIR comme thème pour un travail personnel bien que j’aie attiré son attention sur le fait que ce sujet était très exigeant. Apparemment, le sujet semble tellement fascinant que son équipe s’est continuellement agrandie.

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«Nous devons communiquer davantage et mieux nous expliquer.»

La réputation de WIR n’est pas la meilleure.

Améliorer cette dernière en permanence est pour nous une tâche constante. Nous devons être davantage présents dans le public. Il faut que les arts et métiers régionaux soient soutenus car grâce à eux, les communes disposent de recettes fiscales accrues et d’un plus grand nombre d’emplois. Il est économiquement et écologiquement judicieux que les biens soient produits et que les prestations de services soient fournies à proximité – et j’entends par là clairement aux niveaux local, régional et national.

Comment convient-il de faire passer ce message dans le public?

Nous devons communiquer davantage et mieux nous expliquer. Et nous devons conseiller davantage. Ce n’est pas seulement l’environnement qui a une opinion dépassée de WIR – ce sont également nos propres clients qui ne sollicitent pas encore notre assortiment de prestations dans son intégralité et ne profitent donc pas de l’ensemble de la valeur ajoutée qui leur est proposée. Ici, c’est à nous de développer des produits aisément compréhensibles et dont l’utilité se fait immédiatement sentir.

Une remarque que l’on entend souvent: aujourd’hui, WIR n’est plus nécessaire.

Ceux qui affirment cela ne connaissent pas le potentiel de WIR. WIR est un réseau d’affaires qui permet également à ses membres de s’assurer des mandats, des commandes. En participant au système WIR, vous avez accès à un réseau de PME dans lequel les membres ne tentent pas de réduire votre marge bénéficiaire jusqu’au dernier centime mais se fournissent mutuellement des mandats et des commandes – bien entendu avec une part WIR raisonnable.

Des entreprises n’ont-elles pas quitté le système WIR?

Pour la plupart, ces démissions ne concernaient pas de véritables PME classiques. Dans diverses branches – qu’il s’agisse des électriciens, des monteurs sanitaires ou des fournisseurs de matériaux de construction pour n’en citer que quelques-uns – nous avons constaté au cours de ces dernières années un grand nombre de fusions qui ont donné naissance à des structures de plus en plus importantes. Pratiquement chacune des structures de ce type est aujourd’hui contrôlée par un groupe étranger dont les responsables ne connaissent pas WIR et ne s’intéressent pas spécialement aux arts et métiers suisses – seuls les chiffres comptent. Dans une telle situation, il est difficile à WIR de s’imposer.

Un développement qu’il est difficile de freiner?

Nous devons à nouveau nous focaliser sur les patrons de petites et moyennes entreprises qui sont effectivement autonomes. Vouloir vendre le système WIR à un grand groupe d’entreprises est illusoire – de plus, une telle façon de faire est contraire à la réflexion à l’origine de la fondation de WIR. A l’époque, dans les années 1930, l’objectif était de protéger les petits contre les grands.

WIR est-elle vraiment le moyen de contre-balancer cette consolidation?

Oui, j’en suis convaincu. WIR est un moyen de freiner cette évolution. Outre le fait que nous payons actuellement des intérêts négatifs pour le financement de nouveaux produits ou encore qu’un crédit WIR immédiat coûte zéro pour cent d’intérêt, cela signifie pour moi que le principal argument en faveur de WIR est la protection contre l’étranger, contre les grands groupes d’entreprises. Nous entendons jouer plus systématiquement ce rôle. Il est également prévu de documenter à l’aide de diverses études la valeur ajoutée qu’apporte la collaboration au niveau local.

Pourquoi cette focalisation sur les PME devrait-elle continuer à fonctionner?

Parce que les PME sont l’un des éléments les plus importants de l’économie suisse. Notre pays compte environ 500’000 entreprises et chaque année, ce nombre augmente de 1,3 à 1,5 %. Notre objectif de croissance est plus élevé: nous voulons croître d’environ cinq pour cent. Les PME constituent la base de toute commune: les zones artisanales et industrielles offrent des places de travail, garantissent des recettes fiscales, permettent la vie. Il y a de nombreux villages qui sont dépendants des arts et métiers. Si ces derniers s’en vont, les villages meurent. Il me semble que les arts et métiers sont centraux pour la prospérité de notre pays.

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«En notre qualité d’acteur de niche, nous voulons très consciemment proposer des conditions particulièrement intéressantes en matière de solutions d’épargne et de prévoyance.»

La Banque WIR dans sa globalité est très souvent réduite à la monnaie complémentaire WIR.

C’est vrai. Nos clients et nos titulaires de parts ordinaires savent bien entendu que la Banque WIR est aussi une banque «tout à fait normale», mais il y sans aucun doute un déficit d’information à ce sujet dans la perception du grand public. Là aussi, il faut que notre marketing investisse dans des mesures permettant de corriger en permanence cette image: communiquer, expliquer et motiver – une tâche permanente.

Quelle est l’importance des clients privés?

Très élevée. En notre qualité d’acteur de niche, nous voulons très consciemment proposer des conditions particulièrement intéressantes en matière de solutions d’épargne et de prévoyance. Nous poursuivons cet objectif de manière durable et contrôlable: dans tous les comparatifs d’intérêts, la Banque WIR doit toujours apparaître dans les premières positions.

Lorsque l’on parle d’une banque, il faut obligatoirement en venir à parler des «mesures de régulation».

Les mesures de régulation se sont multipliées très rapidement ces dernières années. Nous n’avons d’autres choix que de nous y adapter. En collaboration avec d’autres banques cependant, il faut que nous réussissions à empêcher une plus ample explosion. En notre qualité de Banque WIR, nous ne pouvons suffisamment attirer l’attention sur notre caractère purement suisse. Ainsi, nous pouvons nous démarquer très clairement d’autres banques davantage actives au niveau international ou dans les conseils de placement complexes.

Pour quelle raison la Banque WIR ne s’active-t-elle pas sur le marché des placements, par exemple?

Pour l’instant, cela n’entre pas en ligne de compte pour nous: chacun son métier. Nous voulons nous concentrer sur ce que nous savons faire et ce que nous connaissons. Si nous devions emprunter de nouvelles voies en raison de notre stratégie de diversification, nous ne le ferions pas seuls mais bien, le cas échéant, avec des partenaires compétents.

Des plans concrets existent-ils déjà?

Il y a effectivement des idées plus ou moins concrètes mais il serait faux de vouloir annoncer maintenant quelque chose qui n’est pas terminé. Laissez-moi juste vous dévoiler ceci: nous continuerons à surprendre nos clients à l’avenir et, ainsi, leur faire plaisir – sinon, une telle offre n’aurait pas sa raison d’être.

La baisse permanente des taux d’intérêt constitue un frein pour le chiffre d’affaires WIR. Combien de temps ce dernier pourra-t-il encore tenir?

Encore très longtemps, il n’y a aucun doute à cela. Cela tient d’une part au fait que la dépendance du résultat d’exploitation au chiffre d’affaires WIR s’est considérablement réduite depuis le début de notre diversification. D’autre part, avec ses fonds propres de plus d’un demi-milliard de francs, la banque dispose d’un capital plus que confortable. En tant que banque coopérative, nous ne devons pas dégager, année après année, un bénéfice exorbitant mais nous désirons néanmoins être profitables afin de verser à nos bailleurs de fonds et à nos coopérateurs un dividende durablement attrayant. La Banque WIR est dynamique, nous continuerons à nous positionner de manière positive, nous voulons atteindre une croissance raisonnable et constituer des réserves.

Vous envoyez donc aux titulaires de parts ordinaires le message qu’au niveau du cours, comme jusqu’à présent, la situation va à nouveau se calmer?

C’est effectivement notre ambition. Personnellement, je vois un important potentiel d’évolution du cours. Toutefois, nous ne sommes pas une société anonyme dont les actions sont négociées quotidiennement et qui font l’objet de spéculations. Nous comptons un grand nombre de titulaires de parts ordinaires très fidèles que je veux remercier très cordialement. Nous entendons également offrir à nos principaux bailleurs de fonds de grande ampleur une valeur fiable, bien entendu avec l’ambition d’accroître encore cette valeur.

Les gros titres WIR pour 2020 sont les suivants …

… en expansion, demande accrue – et la Banque WIR a pu lancer une nouvelle offre très intéressante pour le large public.

(Photos: Raffi Falchi)

10 notions personnalisées

Carrière
Planification et persévérance.

Famille
Très importante, à la fois ancre et motivation.

Économie suisse
Robuste, digne de protection, base du système WIR.

Le monde de la finance
Chamboulé non seulement en raison de l’inversion des taux d’intérêt, il souffre d’une immense vague régulatrice et de manière générale d’une réputation peu glorieuse.

Digitalisation
Une opportunité pour tous les domaines de la vie. Très utile mais aussi liée au défi de réfléchir à ce qui est judicieux et à ce qui ne l’est pas.

Mondialisation
Je ne suis pas un adepte de la mondialisation.

Coopérative
Je suis un adepte des coopératives, mon cœur bat pour elles. Je ne peux pas m’imaginer travailler ailleurs qu’auprès d’une banque coopérative suisse.

Rêves
J’en ai beaucoup: que le système WIR continue sur la voie du succès, que nos clients, collaborateurs et bailleurs de fonds se réjouissent du système WIR et soient fiers de travailler avec la Banque WIR Société Coopérative.

Enracinement
Quelque chose que je revendique. Je suis fils d’agriculteur. Je n’ai jamais perdu le contact avec le sol, je me concentre sur ce que je fais. Il n’y a rien d’autre que ma fonction, désormais en tant que CEO de la Banque WIR. Je n’ai pas occupé et je n’occupe aucune autre fonction. Je retrousse mes manches pour ma seule fonction – voilà ce que le terme d’enracinement signifie pour moi.

Grève pour le climat
Justifiée, j’ai quelques sympathies pour ce mouvement. Nous laissons ce monde à notre jeunesse. Là aussi, je fais intervenir WIR en plaidant pour que nous redevenions plus raisonnables, que nous n’importions pas n’importe quel produit depuis l’autre côté de la planète mais que nous soutenions les biens fabriqués et les prestations de services fournies par les PME suisses.

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Bruno Stiegeler

Président du directoire de la Banque WIR

Bruno Stiegeler (55) est citoyen de Biel-Benken (BL) et a grandi dans une ferme. Marié et père de deux enfants adultes, il travaille depuis 38 ans dans le secteur bancaire. Après un engagement de plusieurs années auprès de l’ancienne Société de Banque Suisse (entre autres en tant que directeur de succursale), il a établi à partir de l’an 2000 la Banque Raiffeisen à Bâle. Depuis 2013, il travaille auprès de la Banque WIR Société Coopérative en tant que responsable de l’encadrement de la clientèle et en tant que président adjoint de la direction.

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