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Bien plus qu’une maison appenzelloise

27 min.
Flury

de Daniel Flury

8 articles

Un nouveau quartier comprenant un nouvel hôtel, des appartements pour personnes âgées ainsi que des «appartements pour chefs d’entreprise» est en train de voir le jour à Gonten (AI), juste derrière l’historique hôtel Bären. Le maître de l’ouvrage, Jan Schoch, a choisi la Banque WIR comme principal partenaire de financement.

En prenant le train en direction de Gonten et en vous laissant distraire par le paysage idyllique, vous risquez fort de manquer cette petite localité de 1450 âmes. En effet, le train ne s’arrête que sur demande. Plus pour longtemps, si l’on en croit Jan Schoch. Selon lui, son projet «Appenzeller Huus» (maison appenzelloise) devrait transformer Gonten d’un village où l’on ne fait que passer en une oasis où il fait bon séjourner plus longtemps, tout cela sans modifier le caractère de cette localité étirée. Les cinq nouveaux bâtiments construits dans le style poteaux-poutres traditionnel – en prolongement de l’historique hôtel Bären et avec un nouveau bâtiment hôtelier et quatre bâtiments supplémentaires avec des appartements – ont tous leur propre caractère, grâce à une conception individualisée. Leur orientation et leur hauteur s’adaptent aux édifices marquants de la localité, en particulier l’église toute proche dont la hauteur du faîte ne sera pas dépassée. Selon M. Schoch, le centre rénové du village apportera une décélération de la vie dans le village qui constitue justement tout le cœur du projet «Appenzeller Huus»: une développement des sens et de l’âme, un bienfait, tant pour le corps que pour l’esprit.

Vous êtes coutumier du monde des produits dérivés et des fintechs et vous vous êtes fait une réputation en fondant la société Leonteq. Comment en êtes-vous arrivé à racheter le «Bären» à Gonten?
Jan Schoch: Avant la vente en 2017 de la fintech Leonteq, spécialiste des produits dérivés, je travaillais déjà dans le secteur de l’immobilier avec la société Valastone AG. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai pris contact pour la première fois avec le système WIR. En 2014, j’ai entendu que le «Bären» allait bientôt fermer ses portes et j’ai invité mes parents, qui s’y sont mariés il y a environ 45, à ce que l’on peut appeler un dîner d’adieu. L’avenir plus qu’incertain des emplois des collaborateurs très engagés du «Bären» et de ce qui est – avec ses 420 ans très précisément – le plus ancien bâtiment du village – plus vieux encore que l’église – m’a beaucoup touché. Tous les habitants de Gonten associent une quelconque histoire personnelle avec cette auberge. J’ai pensé qu’il était important que l’établissement continue d’exister et j’ai racheté le «Bären» aux héritiers de l’ancien président du CS Hans Ulrich Dörig avec l’objectif de lui insuffler une nouvelle vie.

Quel facteur de rattachement y a-t-il entre une fintech et l’hôtellerie?
Les deux branches sont très avancées au niveau de la numérisation. Cependant, j’ai dû constater que dans l’hôtellerie et la restauration, les différents acteurs ne travaillent pas bien, voire pas du tout ensemble. Nous avons ainsi dû y mettre du nôtre afin d’ouvrir diverses interfaces. Une différence fondamentale réside dans le fait que dans la branche des fintechs, les processus abstraits et hautement techniques dominent très clairement alors que dans l’hôtellerie et la restauration, il faut investir nettement plus d’enthousiasme et faire preuve d’énormément d’engagement. Je suis toujours lié à ma branche d’origine pour une part d’environ 50%: il y a quelques années, j’ai fondé Anova, une fintech qui connaît actuellement un développement phénoménal. Alors que Leonteq développe des technologies permettant la fabrication de produits de placement, Anova adopte la perspective des investisseurs et évalue de tels produits.

Zimmer

L’une des chambres de l’hôtel historique «Bären».

Dans quel état avez-vous repris le «Bären»?
Alors que tout fonctionnait dans le restaurant situé au premier étage, le rez-de-chaussée était un véritable débarras rempli de bric-à-brac dont l’évacuation aura nécessité pas moins de 120 bennes. En étroite collaboration avec le service des monuments historiques, nous avons dégagé en 2015 les poutres et les sols afin de rendre au bâtiment son aspect d’origine. Désormais, les caves accueillent une cave à vins avec deux chambres d’hôtel alors que les étages situés au-dessus du restaurant et au 5ème étage abritent la zone de bien-être et de remise en forme. Quant aux chambres d’hôtel situées dans l’annexe datant des années 60, elles ont également été transformées dans le style romantique.

Visualisierung_Bären-Gunten

L’agrandissement de l’hôtel avec une piscine sur le toit (au milieu), des appartements protégés pour personnes âgées (à droite) et trois bâtiments comportant des «appartements pour chefs d’entreprises», l’un d’entre eux étant visible à gauche.

Vous avez financé la transformation de l’auberge «Bären» avec vos propres moyens financiers. Entre-temps, votre projet a toutefois pris de nouvelles dimensions…
L’auberge «Bären» (L’ours) fait face à l’auberge «Löwen» (Le Lion) qui est également un bâtiment déclaré monument historique. J’avais l’intention d’y louer de l’espace pour y installer mes bureaux mais le propriétaire voulait vendre. J’ai saisi l’occasion au début 2021 et j’ai mis au point la vision d’un nouveau quartier qui comprendrait à la fois les auberges «Bären» et «Löwen», un nouveau bâtiment hôtelier, trois immeubles abritant des appartements, respectivement des logements pour chefs d’entreprise et un bâtiment abritant des appartements pour personnes âgées. Actuellement, des travaux de transformation sont en cours à l’auberge «Löwen», une de ses annexes devant être démolie pour être reconstruite. En 2023, 24 chambres et un espace réservé à l’organisation de manifestations telles que mariages, concerts et lectures y seront à disposition. Le nouveau bâtiment hôtelier et les appartements seront construits sur un pré situé derrière l’auberge «Bären» et devraient être disponibles dès l’été ou l’automne 2024. L’ensemble du projet est baptisé Appenzeller Huus (maison appenzelloise).

Schoch_Wiese_Blog

Le propriétaire Jan Schoch, sur le pré situé derrière l’auberge «Bären» qui accueillera un nouveau quartier du village.

Comment la population du village a-t-elle réagi au projet Appenzeller Huus?
L’agrandissement de l’hôtel Bären a nécessité un nouveau plan de quartier et un nouveau plan directeur. Ce dernier était le résultat d’un concours auquel ont participé quatre bureaux d’ingénieurs et qui a été remporté par le bureau Rüssli Architekten AG de Lucerne. La réaction des habitants de Gonten aura été très positive. Pendant la phase de transformation de l’auberge «Bären», les habitants ont pris conscience de ce qu’aurait signifié la fermeture de l’auberge pendant de nombreuses années. Maintenant, on ne leur rend pas seulement l’auberge «Bären»: le projet Appenzeller Huus respecte le caractère particulier du village et lui donne un nouveau centre, accessible à tous – la «place du village» – située entre l’auberge «Bären» et la Roothuus (maison rouge). La Roothuus abrite le Centre de la musique populaire d’Appenzell et du Toggenbourg, présidé par le landammann Roland Inauen.

Bären_Restaurant

Vue du restaurant de l’hôtel Bären.

Le projet est essentiellement financé par la Banque WIR. Pourquoi?
Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, la Banque WIR m’a été recommandée par la société Avobis Group AG, un prestataire de services indépendant dans le secteur des biens immobiliers et des crédits hypothécaires. A ce moment-là, la Banque WIR n’était toutefois qu’une candidate parmi d’autres car nous disposions d’offres de financement provenant de pratiquement toutes les banques entre Zurich et Appenzell. L’expertise de la banque en matière d’évaluation et de financement hôteliers aura finalement été déterminante pour l’attribution du mandat car, en plus du financement, l’encadrement par une banque d’un projet en développement joue un rôle éminemment important. La collaboration avec Christoph Känel est pour moi particulièrement précieuse. Ce dernier connaît intimement le fonctionnement de la branche et m’offre l’accompagnement compétent et constructif basé sur un partenariat à long terme que j’imaginais. Voilà qui a fait toute la différence. S’il s’agissait juste de financer l’hôtel par le biais d’un simple versement de fonds, toutes les autres offres auraient été plus intéressantes.

«Outre le financement, l’encadrement par la banque de l’ensemble du projet joue un rôle particulièrement important.»

Comment le complexe comprenant les auberges «Bären» et «Löwen», le nouveau bâtiment hôtelier et les appartements seront-ils positionnés?
Aujourd’hui déjà, le Boutique Hôtel Bären est un véritable repère d’épicuriens, de grands romantiques et de golfeurs – le terrain de golf de 18 trous n’est qu’à quelques minutes de distance de l’hôtel Bären. L’auberge «Löwen» convient plus aux familles et aux sportifs. En été, la région est idéale pour les cyclistes, vététistes et randonneurs. Elle dispose par ailleurs d’un parc-aventure, d’un chemin de randonnée à pieds nus, d’une piste de luge d’été et, à une distance de cinq minutes à Appenzell, de courts de tennis. En hiver, il est possible d’y pratiquer la randonnée à raquettes, le ski de fond et le ski alpin; la région compte pas moins de 12 remontées mécaniques. De plus, le village de Gonten est situé sur le chemin de St. Jacques, ce qui explique par ailleurs ses armoiries qui présentent deux bâtons de pèlerins. Le nouveau bâtiment hôtelier, respectivement l’annexe à l’hôtel, sera relié par un souterrain à l’auberge «Bären» et disposera de 32 chambres et suites qui seront occupées par les clients du secteur de détente et de remise en forme. Une piscine et le sauna se trouveront sous les combles, offrant ainsi une merveilleuse vue sur les montagnes. Les appartements seront répartis sur 4 immeubles. L’un d’entre eux comprendra 20 appartements alors que 23 appartements supplémentaires pour chefs d’entreprise seront répartis sur trois immeubles séparés.

Ruheraum

La salle de repos dans le spa.

Que faut-il comprendre plus précisément par ces appartements pour chefs d’entreprise?
Ils sont destinés à des chefs d’entreprise qui voyagent beaucoup et ne veulent habiter en un endroit qu’à temps partiel – et ceci avec service! Le reste du temps, leurs appartements seront loués en tant que chambres d’hôtel. Les logements de plus grande taille, d’une surface de 150 m2, sont conçus de telle manière qu’il sera possible de les transformer en trois chambres d’hôtel. Les recettes de location seront réparties entre l’hôtel et le propriétaire de l’appartement. Pour les chefs d’entreprise, l’habitat à temps partiel représente une solution innovante qui répond à un véritable besoin, si j’en crois ma propre expérience. Il ne faut pas oublier que le canton d’Appenzell Rhodes Intérieures est très attrayant pour les chefs d’entreprise, en particulier au point de vue fiscal.

«Pour les chefs d’entreprise, l’habitat à temps partiel représente une solution innovante.»

Clients d’hôtel, retraités et chefs d’entreprise – ne craignez-vous pas des conflits entre les habitants des divers immeubles?
Bien au contraire. Le séjour ne sera monotone pour aucun de ces groupes. Ils vivent séparément mais peuvent également se rencontrer sans autre, par exemple dans la zone de détente et de remise en forme accessible à tous ou encore dans l’espace réservé aux manifestations. Je m’attends à la formation de ce que l’on pourrait appeler une sous-culture propre à cet endroit. Par ailleurs, c’est justement cette grande diversité des offres qui représente un plus dans le cadre des efforts de vente.

Dans la restauration et l’hôtellerie, le personnel est le principal facteur-coût représentant 40% du chiffre d’affaires. En matière salariale, disposez-vous d’avantages par rapport à la concurrence et où allez-vous chercher le personnel nécessaire, compte tenu du manque actuel de main-d’œuvre spécialisée?
Actuellement, nous employons 30 collaborateurs. Dans deux ans environ, je m’attends à ce que ce chiffre ait doublé. Je suis convaincu qu’un projet tout à fait exceptionnel comme celui de l’Appenzeller Huus suscite un vif intérêt dans la branche et que nous recevrons plus de candidatures que nous n’aurons de postes à pourvoir. L’hôtel Bären est d’ores et déjà le plus important employeur de Gonten, ce qui va sans doute encore s’accentuer à l’avenir. En ce qui concerne le niveau des salaires, je voudrais affirmer que nos salaires sont supérieurs à la moyenne. Nous voulons engager d’excellents professionnels qui travaillent volontiers pour nous.

Le renchérissement des matières premières vous fait-il souci?
Les règles du jeu ont changé. Il n’y a plus de marge de manœuvre en matière de délais de livraison et il n’y a plus de garanties au niveau des prix et des délais. Bien sûr, on pourrait attendre que la situation se normalise – mais qui sait si tout ne deviendra pas pire encore à l’avenir? Les augmentations de prix sont légèrement amorties par le fait que nous misons sur le bois appenzellois. Ici, la stabilité des prix est plus élevée. Le fait que les producteurs quittent les pays baltes et reviennent en Suisse constitue un autre avantage. Afin de répondre en toute sécurité aux normes qui s’appliquent dans le cadre des processus de séchage et de sciage de bois, j’ai même consenti à des investissements dans un parc de machines correspondant et j’ai fondé une entreprise pour l’usinage du bois – un investissement en capital relativement élevé qui est néanmoins rentable dans le cadre du projet dans son ensemble.

Il est probable que Hermann Blumer représente également une garantie pour l’usage adéquat des constructions en bois…
Avec Hermann Blumer, nous avons réussi à recruter pour notre projet un pionnier de la construction en bois. M. Blumer a déjà travaillé pour des célébrités telles que Zumthor, Libeskind, Herzog & de Meuron ou Shigeru Ban et agit selon le principe suivant: «Il n’y a rien que l’on ne pourrait pas construire en bois».

Dans quelle mesure êtes-vous impliqué dans les affaires courantes?
Là aussi, je fais confiance à des spécialistes expérimentés. Le directeur Johannes Sommer est un professionnel qui a essentiellement fait ses preuves dans le secteur des manifestations qui devient, pour nous aussi, toujours plus important. Il a ainsi laissé ses traces auprès du Park Hyatt à Zurich.
Jürgen Schmid sera responsable de la taverne et de la cuisine pour gourmets à la «Bärenstobe». Il a travaillé auparavant auprès du restaurant Aglio e Olio à Speicher où sa cuisine a obtenu 13 points Gault-Millau. Notre cave à vins, bichonnée par le coryphée en œnologie Hans Rhyner, est un autre de nos points forts.
Je reste impliqué dans les affaires courantes en participant, comme Urs Grimm par ailleurs, à des séances organisées à intervalles réguliers. M. Grimm est au bénéfice d’une expérience de trois décennies dans le secteur de l’hôtellerie de luxe et nous conseille avec sa société Uni­sono Hospitality Management AG, par exemple en matière d’amélioration du rendement ou de sous-traitance des réservations.

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